La très petite histoire des Éditions du Blé

6 février 2011

Le 17 août 1974, deux historiens (Lionel Dorge et Robert Painchaud), un poète (Paul Savoie) et une professeure de littérature française (Annette Saint-Pierre) se rencontrent à Saint-Boniface dans un petit parloir de la résidence des sœurs Saint-Joseph de Saint-Hyacinthe. Chacun est convaincu de la nécessité de fonder une maison d’édition à Saint-Boniface.

Deux semaines plus tard (le 7 septembre) le groupe se réunit avec d’autres personnes qui sont tout aussi convaincues du même besoin. Les Éditions du Blé sont fondées avec le libraire Gilles Landry comme président (il sera un des piliers de la maison, servant au conseil d’administration pendant 19 ans), Georges Damphousse, procureur du Collège de Saint-Boniface, vice-président, Roger Auger, dramaturge, trésorier, Annette Saint-Pierre, secrétaire, et les conseillers Lionel Dorge, Armand LaFlèche (professeur de français) et Paul Savoie.

On convient du nom de la maison d’édition lors d’une session de remue-méninges; dès que le nom du Blé est suggéré, tout le monde est d’accord. On dresse alors les grandes lignes d’une charte : les Éditions du Blé seront une maison sans but lucratif qui publiera en français des oeuvres de qualité, dans tous les genres, par des auteurs du Manitoba ou de l’Ouest, ou dont le contenu porterait un intérêt particulier pour les Manitobains, et l’Ouest canadien. Quant au financement, on adopte une espèce de structure coopérative dont les membres à vie auront versé 100 $ à fonds perdu. Plus tard, la contribution des nouveaux adhérents sera réduite à 25 $.

À la réunion du 21 septembre, le conseil d’administration décide de publier trois titres: Salamandre, un recueil de poésie de Paul Savoie; Les Éléphants de tante Louise, une pièce de théâtre jeunesse de Roger Auger; Nico et Niski et la raquette volante, un livre d’activités pour la jeune enfance du dramaturge Claude Dorge et de l’illustrateur Réal Bérard. Le logo de la maison est alors conçu et dessiné gracieusement par l’artiste Réal Bérard devenu membre.

Avec 3 000 $ en caisse, les Éditions du Blé envoient sous presse les titres choisis, sachant bien qu’une somme équivalente restait à prélever pour boucler le budget. Le 4 janvier suivant, la Fondation Radio-Saint-Boniface, une fondation créée des sommes reçues de la Société Radio-Canada pour l’achat du poste de radio CKSB, remettra un chèque de 3000 $ à la maison d’édition.

L’ouverture officielle de la maison et le lancement de ses trois premiers titres a lieu un dimanche après-midi, le 15 décembre, par un beau temps de fin d’automne. Énorme succès: même le bulletin des nouvelles nationales de Radio-Canada fait état de l’événement. De fait, dès le premier communiqué en date d’octobre, les médias tant anglophones que francophones rapportent les faits d’une entreprise souhaitée que certains considéraient courageuse, d’autres téméraire.

Depuis 1974, les Éditions du Blé publient en moyenne six titres par année, en tous genres. En 1984, date du 10e anniversaire de la maison, la Collection Rouge, sous la direction de J.R. Léveillé, est créée afin de donner voix aux nouveaux auteurs et à la nouvelle littérature. En 2004, l’année du 30eanniversaire des Éditions du Blé, la collection Blé en poche est lancée pour rendre disponibles les «classiques littéraires» de l’Ouest francophone.

Les principaux auteurs des Éditions du Blé ont été salués par la critique nationale et internationale, et font partie du répertoire de pointe de la francophonie canadienne. Les œuvres et leurs auteurs ont remporté de nombreux honneurs, prix Riel, prix Champlain, prix Rue-Deschambault, prix du Consulat de France, prix Saint-Exupéry de France, pour n’en souligner que quelques-uns.

« Si ce ne fût de la fondation des Éditions du Blé en 1974, la littérature francophone de l’Ouest serait rattachée au nom, et à l’œuvre exemplaire, d’une seule personne, Gabrielle Roy », affirme J.R. Léveillé, l’un des doyens de la littérature francophone de l’Ouest. Et il ajoute: « Il est clair qu’il n’existerait pas de littérature francophone contemporaine, d’un océan à l’autre, si, vers la même époque, une conjoncture «poétique», une masse critique n’avait entraîné la création des Éditions de l’Acadie en 1972, et Prise de parole, à Sudbury, en 1973. D’autres ont suivi; il reste que l’aventure de ces trois maisons d’édition a créé, pour tout dire, la littérature franco-canadienne, dans toutes ses différences, et dans son étendue pancanadienne. »

(Texte adapté de : J.R. Léveillé, «Préface», dans Les Éditions du Blé : 25 ans d’édition, Saint-Boniface, Les Éditions du Blé, 1999.)